L’intelligence artificielle : catalyseur d’une refonte du Business Model juridique (Partie 2 sur 2)
- Fabrice Mauléon

- 2 déc. 2025
- 3 min de lecture

Deuxième partie – Activités, Ressources, Partenariats et Coûts
Ce billet prolonge la première partie publiée la veille, qui explorait comment l’IA transforme la proposition de valeur, les clients, les canaux, les revenus et la relation client dans les cabinets d’avocats et directions juridiques. Nous poursuivons ici en examinant l’impact sur les fonctions internes et les leviers de transformation structurelle.
6. Activités clés : automatisation et création de nouvelles chaînes de valeur
L'IA fait évoluer les activités juridiques bien au-delà du gain de temps. Elle redéfinit ce qui constitue réellement le « cœur de métier » du juriste.
« Hier, 80 % du temps était consacré à collecter des informations. Demain, ce sera 80 % pour réfléchir et agir ».
Automatiser les tâches à faible valeur (revue contractuelle, recherche jurisprudentielle, alertes réglementaires) libère du temps pour des activités plus différenciantes : conseil stratégique, négociation, accompagnement du changement.
Formaliser les process devient indispensable : intégrer l’IA suppose des workflows clairs, standardisés, collaboratifs. Cela pousse à professionnaliser la gestion de projet et la documentation des méthodes.
Créer des produits juridiques devient une activité en soi : développement de modules IA internes, dashboards de compliance ou outils d’analyse prédictive. Certains cabinets bâtissent des offres hybrides à mi-chemin entre service et technologie.
« L’IA n’automatise pas seulement des tâches : elle industrialise des services juridiques reproductibles et scalables ».
7. Ressources clés : données, technologie… et nouveaux profils hybrides
L’ère de l’expertise humaine seule est révolue. Le capital technologique et data devient une ressource centrale.
Data first : la qualité de l’IA dépend des données disponibles. Constituer des bases de connaissances propres, documenter les clauses contractuelles passées, structurer les retours d’expérience… tout devient capital.
Ressources humaines hybrides : data analysts, juristes-codeurs, ingénieurs IA sont des profils de plus en plus intégrés dans les équipes juridiques. La montée en compétence est impérative pour tous : comprendre l’IA, ses biais, ses limites, devient un prérequis.
« Le cabinet performant sera celui qui saura aligner son capital humain, data et technologique ».
Outils technologiques propriétaires : un modèle IA d’analyse contractuelle développé en interne peut devenir un actif différenciant. L’innovation devient une ressource clé.
8. Partenariats clés : entrer dans une logique d’écosystème
Aucun cabinet ou direction juridique ne peut internaliser toutes les compétences IA. L’avenir passe par la co-construction et les alliances.
Legaltechs & éditeurs : de plus en plus de cabinets s’associent à des startups ou plateformes technologiques. Exemple : Clifford Chance avec Harvey.
Co-développement avec les clients : certains services juridiques internes deviennent moteurs, en demandant à leurs prestataires de développer des outils spécifiques à leurs cas d’usage. Cela change la nature même de la relation commerciale.
« Le juriste ne vend plus son savoir seul : il orchestre un réseau de ressources pour délivrer un service augmenté ».
Partenariats académiques et sectoriels : mutualiser les réflexions (IA éthique, conformité RGPD, standards interprofessionnels) devient stratégique.
9. Structure de coûts : plus de CAPEX, moins de coûts variables
Le passage à l’IA modifie le profil financier du cabinet.
Hausse des coûts fixes : développement d’outils, formation, licences logicielles, maintenance cloud. C’est un changement de paradigme : on investit en capital technologique comme dans l’industrie.
Réduction du coût marginal par dossier : une fois l’infrastructure en place, l’IA permet d’absorber plus de dossiers sans recruter plus. À condition que le cabinet sache scaler.
« L’IA transforme la structure de coûts d’un modèle artisanal en une plateforme industrielle du droit ».
Gouvernance des risques IA : RGPD, cybersécurité, auditabilité… Des coûts nouveaux à intégrer, mais aussi des garanties indispensables pour rassurer clients et régulateurs.
Conclusion : Le juriste de demain, chef d’orchestre d’un système augmenté
Ce second volet confirme que l’IA n’est pas une simple amélioration d’outils juridiques. C’est une réorganisation complète de la chaîne de valeur du droit, imposant une refonte des activités internes, des ressources, des alliances, et des équilibres économiques.
« Le juriste de demain ne sera pas celui qui fait mieux le droit d’hier, mais celui qui conçoit les modèles de valeur juridique de demain ».
Pour cela, il lui faudra devenir :
Un designer de services, capable d’imaginer des expériences juridiques augmentées
Un stratège technologique, apte à faire les bons choix d’outils et de partenaires
Un leader de la confiance, garant de l’éthique, de la transparence et de la robustesse des systèmes
Les cabinets et directions juridiques qui réussiront cette transition ne seront pas seulement plus performants. Ils seront plus légitimes dans un monde où le droit devient un levier stratégique de l’organisation.
Sources & références
Osterwalder & Pigneur – Business Model Generation
Harvard CLP (2025) – AI and the Future of Law Firms
JD Supra – AI and Legal Business Models
Magnum Legal Club – Legal Innovation Reports 2023–2025




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